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2 janvier 2013
Eric Bernard

Les personnalités politiques africaines sur Twitter

Twitter, outil de communication politique par excellence

75% des décideurs politiques du monde sont désormais sur Twitter annonce le rapport 2012 de Digital Daya. Leur analyse, portant sur 164 pays, montre en effet que 123 présidents, premiers ministres ou institutions gouvernementales sont présentes sur Twitter, soit presque deux fois plus que l’an dernier. Twitter est ainsi annoncé comme étant bientôt "l’outil de communication de facto pour tous les chefs de l’Etat".

Bien que les tableaux accompagnant le rapport présente de nombreux pays africains, ces résultats donnaient envie d’aller un peu plus loin sur l’usage de Twitter par les chefs de l’Etat du continent.

L’Afrique dans la moyenne ?

En ajoutant quelques comptes Twitter oubliés par l’étude de Digital Data (volontairement ou non, certains comptes trouvés étant effectivement discutables sur leur authentique rattachement au chef de l’Etat), le résultat en Afrique est très proche de la moyenne mondiale. Sur 54 pays, 37 pays africains (69%) ont un compte Twitter pour au moins le président, le premier ministre ou le gouvernement. Hormis l’Algérie, le Gabon, l’île Maurice et le Cap-Vert que l’on aurait pensé être présents sur Twitter, les pays absents sont le plus souvent des pays fragiles (Centrafrique, Soudan, Guinée Bissau, Guinée Equatoriale) et/ou à la liberté d’expression discutable, notamment en ce qui concerne les réseaux sociaux (Congo, Lesotho, Swaziland...).

Certains comptes sont déjà anciens. Paul Kagamé avait un compte ouvert à son nom dès le 4 mai 2009, bientôt suivi par la Présidence Sud-Africaine (18 mai 2009) et Salva Kiir, le président du Sud-Soudan le 4 août 2009.
Peu de comptes des chefs de l’Etat semblent avoir été créés dans une perspective strictement électorale à court terme, la plupart des comptes étant créés bien avant ou au contraire bien après leur prise de fonction. Il est par contre intéressant de noter que Joyce Banda au Malawi ou John Dramani Mahama au Ghana ont quant à eux disposés de leur compte Twitter respectivement 3 et 6 jours à peine après leur installation à la plus haute charge.

Le président Egyptien, Mohamed Morsi, est de très loin le dirigeant africain le plus suivi sur Twitter avec près de 900 000 followers. Derrière lui, Jacob Zuma(Afrique du Sud) et Moncef Marzouki (Tunisie) ont entre 100 et 200 000 followers. On constate que deux de ces trois comptes ont été certifiés comme authentiques (pastille bleue), démontrant une vraie maîtrise de la communication politique sur les réseaux sociaux, ce dont disposent peu de dirigeants en Afrique comme ailleurs dans le monde.

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Selon le classement de Digital Data, Mohamed Morsi arrive en 14ème position, certes loin derrière Barrack Obama (près de 25 millions de followers) mais relativement bien placé par rapport au second compte Twitter politique le plus suivi, celui de Hugo Chavez, qui compte 3 millions de followers. De plus, le compte de Mohamed Morsi grandit très vite.
A l’autre bout de l’échelle, près de 50% des comptes des dirigeants africains analysés ici ont moins de 1 000 followers.

La fréquence de publication de messages est très différente selon les comptes. Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire) est le plus actif, avec près de 3 messages par jour en moyenne depuis la création du compte il y plus de trois ans ! Les deux autres comptes les plus actifs ne proviennent pas de présidents mais d’institutions : la présidence du Mali et le gouvernement du Sud-Soudan.

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Ces comptes ne sont pas, et de loin, ceux qui rassemblent le plus de followers puisqu’ils en ont entre 4 000 et 6 000. Ils ont en commun d’être anciens (2009 pour Ouattara, 2011 pour les deux autres).

Sur la base de l’existence, souvent ancienne, de comptes Twitter et de leur animation, les pays Africains semblent être parfaitement en phase avec la tendance mondiale.

Mais ce que le rapport de Digital Data ne met pas en exergue, c’est la dynamique des comptes Twitter des dirigeants. Il ne sera donc pas possible de savoir si la dynamique africaine est conforme ou pas à la tendance mondiale, mais les résultats sont nettement moins optimistes pour la gouvernance que ne le suggère le rapport de Digital Data.

Des comptes endormis

Des comptes Twitter existent pour la plupart des dirigeants africains, mais ceux ci sont-ils actifs ? Combien de comptes ont-ils été créés sous la pression d’une équipe de communication mais qui n’a pas pu être animé régulièrement par la suite ?

Que les comptes aient été actifs ne signifient pas qu’ils le sont encore. Ainsi, le compte du gouvernement du Sud-Soudan, toujours en troisième position de la fréquence de messages émis ne diffuse plus rien depuis le 1er août 2012.
De la même façon le compte de Jacob Zuma (Afrique du Sud) n’a plus été alimenté depuis mars 2012, malgré ses 192 263 followers ! La deuxième place du podium de la popularité pourrait donc bien lui échapper. Celui de Goodluck Jonathan (NIgeria), pourtant remarqué comme un président Twitter par excellence, est inactif depuis mai 2011 laissant ses 49 461 followers dans le silence.
Outre deux comptes curieusement protégés (l’abonnement à ses comptes est soumis à acceptation, limitant fortement l’audience) de la part de Michael Sata (Zambie) et Yahya Jameh (Gambie), un grand nombre de comptes n’ont plus rien produit depuis plusieurs mois, voire plusieurs années et peuvent être considérés comme inactifs, ou tout au moins, comme ne remplissant plus aucune fonction de communication avec les citoyens.

De même, avoir de nombreux followers n’implique pas avoir une activité réelle (et donc une communication positive) sur Twitter. Le cas le plus extrême est celui de Joseph Kabila (RDC), dont les 2 386 followers n’ont eu en tout et pour tout qu’un seul message en deux ans. Ellen Johnson-Sirleaf(Liberia), Salva Kiir(Sud-Soudan) et le premier ministre Raila Odinga (Kenya) n’ont quant à eux jamais envoyé le moindre message malgré quelques centaines de followers pour les deux premiers.

En tout et pour tout seuls 21 comptes Twitter peuvent être considérés comme encore en activité. La présence des dirigeants africains sur Twitter devrait donc être ramenée de manière réaliste à 39% seulement. Le résultat est donc plus mitigé que ne le laisse penser l’étude initiale.
Lorsque l’on constate que les comptes abandonnés ont été les plus actifs et parfois les plus fréquentés, ont perçoit clairement la perte d’opportunité que cela représente pour les dirigeants africains et pour les citoyens de leur pays. Des efforts en matière de communication politique sur les réseaux sociaux restent donc largement à entreprendre et surtout à être poursuivis.

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